mercredi 10 janvier 2018

Trève « Pascal »



Que peut-on dire de cette interprétation ? À Canal+, la chaîne de l'humour en chaussettes à clous, et de la rigolardise d'arrondissement, on la trouverait « ringarde », à peine digne d'un sketch de dérision à l'usage des nouveaux petits bourgeois déculturés. Mais, ici, nous dirons qu'elle possède un charme fou. Et nous insisterons sur la qualité générale de cette scène, qui touche également à la manière dont Jean-Claude Pascal est éclairé.
Barbara connaissait cet enregistrement : au reste, J. C. Pascal a contribué à faire connaître la dame en noir. À propos de Jean-Claude Pascal (et de quelques autres) : Connaît-on la chanson ? suite    Des fantômes familiers

mardi 2 janvier 2018

Un peu de désir dans l'eau froide

À Charleville, dans le beau pays d'Ardenne, le nom de Patti Smith est prononcé avec respect. Patti a toujours manifesté une grande admiration pour Arthur Rimbaud. Elle a donné plusieurs documents, dont un dessin, au musée Rimbaud de la ville (que le jeune Arthur qualifiait de « supérieurement idiote entre toutes ». La cité est magnifique : la place ducale est, selon moi, plus accomplie que la place des Vosges à Paris ). Il y a quelque temps, elle a fait l'acquisition d'une maison, sans grand charme d'ailleurs, située à Roche, une sorte de lieu-dit dans la campagne éloignée de Charleville. Aux yeux de Patti, qui souhaitait depuis longtemps acheter un bien dans cette région, cette bâtisse possède une qualité majeure : elle a appartenu à la mère du poète, une femme d'aspect revêche, abandonnée par son mari, crainte et profondément respectée par ce voyou d'Arthur, enfant colérique et imprécateur pour l'éternité des jours.
Jeune, Patti Smith avait un corps flexible d'adolescent. Elle fit la connaissance du photographe Robert Mapplethorpe en 1966. Leur couple fut de l'espèce fusionnelle, augmentée de l'effet « Enfants terribles » de Jean Cocteau : la relation est comme une île ; l'océan qui la cerne, pourtant immense, n'est qu'un décor ignoré. Il se peut que le monde existe, mais il n'aura jamais la consistance, la saveur, l'intensité, la grâce du désir qui nous fonde …

















Robert Mapplethorpe et Patti Smith au Chelsea hôtel, en 1969, par Norman Seeff

De 1969 à 1974, ils occupèrent souvent une chambre du fameux Chelsea hôtel, à Manhattan, où vivaient à l'année, pour des loyers dérisoires, toute l'Amérique de la bohème. Ils se séparèrent amoureusement en 1974, mais demeurèrent très liés. Mapplethorpe, mort du sida en 1989, laisse une œuvre passionnante, profondément marquée par son origine catholique et par l'admirable exploration charnelle, sensuelle, la transgression vraie, violemment poétique, la foudroyante inconvenance qu'autorise cette sublime religion des corps et des cœurs « intelligents ».
Dans un récent entretien qu'elle accorda au journal La Croix, Patti fit part de son admiration pour Simone Weil, la jeune philosophe, que nous avons évoquée ici.

























Portrait de Patti Smith, sur un balcon du Chelsea hôtel, 7 mai1971, par David Gahr/Getty Images

Patti Smith chante Because the night :
Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to lust
Because the night belongs to lovers
Because the night belongs to us





Sur Jean Cocteau : L'enchanteur du XXe siècle (1)   L'enchanteur du XXe siècle (2)

lundi 1 janvier 2018

Mes (A)vœux ou Tous mes vœux vous accompagnent !



En 2018, tout ira mieux. Les hommes ne mourront pas sans raison ; les lions épargneront les gazelles trop rapides ; les jihadistes présenteront des excuses aux familles de leurs victimes ; les socialistes français feindront avec une plus grande habileté de paraître de gauche ; M. Mélanchon ressemblera, de loin, à une manière de Lénine outrecuidant : de près aussi ; les néo-féministes se feront poser une ceinture de chasteté dont elles jetteront la clef, puis elles regretteront ce geste ; Harvey Weinstein ne produira plus que des documentaires animaliers, mais les femelles mammifères de ces films porteront plainte contre lui ; la délation numérique sera la règle ; les dieux grecs ressusciteront, et ils ne seront pas contents ; dans les abattoirs, on séparera les animaux qui seront tués dans d'atroces souffrances de ceux qui seront massacrés avec entrain ; les comiques français, conduits par Kev Adams, accablés de honte, comprendront enfin qu'ils ne sont pas drôles.

samedi 25 novembre 2017

Intermède 2

J'épuiserai sans doute le sujet avec ce deuxième Intermède. Peut-être ai-je voulu signifier à la fois la marche du temps, la perception rétinienne que fondent durablement des visages associés à des faits négligeables en eux-même. Ils avaient la valeur d'un symbole, mais nous ne pouvions pas le connaître alors. Ce jeune homme aux traits réguliers, mort prématurément, incarne idéalement le bonheur français et la parenthèse heureuse qui va s'ouvrir au milieu des années soixante. Il s'oppose, ainsi, à ce temps d'épouvante que nous connaissons. Il permet, par sa seule grâce, que nous arrêtions les horloges, et que nous mesurions la profondeur d'un abîme… ou d'une illusion?
Mais j'ai cherché à dire autre chose, ou plutôt à dire plus intensément, plus sûrement la même chose, et je n'y parviens pas. Il se mêle à cela l'Histoire, la sociologie, la mode, la rêverie intime, la comédie charmante que se jouent les êtres, l'évidence du désir et ses masques, ses hésitations, ses parades. Je mesure ainsi mes faibles moyens.

Une excellente chanson :



Despax forme un joli duo en compagnie de Marie-France Boyer, actrice fameuse jusque dans les années soixante-dix, et, en outre, excellente photographe.



Et Bardot, encore !
Et Bardot d'abord !

En compagnie d'Olivier Despax (rare !)


Bardot en short : difficile à porter, mais, sur elle, pas une once de vulgarité ; cherchez bien, vous ne trouverez rien qui contrarie vraiment le goût, l'élégance, ni l'allure. Dix ans de danse classique, une éducation française, c'est à dire libérale et de bon aloi : d'où ce maintien, cette allure, cette sobriété.



















 Une choucroute pareille, qui se termine en queue de ragondin tressée, cela nuirait définitivement à n'importe qui ; Bardot n'est pas n'importe qui…




















(voir article précédent)
À propos d'Olivier Despax : Un brun Olivier      Twisteuse 2
À propos de Bardot : Sous l'empire de Bardot     Pulpe friction ou le pays de Bardot     Faites la moue 
        Dormez, mes frères, Bardot vous observe ! 

mercredi 22 novembre 2017

Intermède

 Pour le seul et futile plaisir de voir la beauté passée, dépassée d'un garçon d'autrefois. Tout dans son allure, dans la régularité tendre de sa physionomie, dans la coupe impeccable de sa veste (peut-être signée Renoma), dans sa gestuelle à la fois fluide et empruntée, dans le casque de ses cheveux qu'une vague paisible anime un peu, tout en lui relève d'un charme définitivement absent.
Et même lorsqu'il joue le jeu du chanteur de charme jusque dans la niaiserie, dans la sucrerie amoureuse, dans le diabète sentimental (l'époque voulait cela) son visage, la douceur de ses traits, la rupture avec notre temps que toute sa personne physique incarne, tout cela le distingue absolument et suffit à signaler un autre monde, englouti désormais, et qui frémit encore dans ma mémoire.
 






Et Bardot.
Pourquoi Bardot ? Parce que c'est beau !



Voilà ! C'était un intermède, un moment futile, sans doute un peu vain, un truc qui n'a peut-être pas de sens, ou alors un sens caché.

À propos d'Olivier Despax : Un brun Olivier      Twisteuse 2
À propos de Bardot : Sous l'empire de Bardot     Pulpe friction ou le pays de Bardot     Faites la moue 
        Dormez, mes frères, Bardot vous observe ! 

lundi 6 novembre 2017

Depardieu soit loué !

En quelle année ? 1967 ? 1977 ? 1987 ?
Il y a longtemps.
J'ai suivi Barbara, je l'ai écoutée dans différentes salles parisiennes.
J'ai entendu cette chanson alors que j'étais encore un adolescent - en ce temps-là, j'étais en mon adolescence -, dans des circonstances très singulières. Évidemment, cela paraît difficile de reprendre les chansons de Barbara. Elles sont si intimement liées à sa personne physique, à son personnage aussi. Elles sont également solidaires de notre perception.
Mais enfin, si quelqu'un pouvait s'y risquer, c'était Depardieu. Je crois bien qu'elle l'a aimé.
Nous naissons déchirés, nous mourons en lambeaux.



À propos de Barbara  À bientôt, à demain, à septembre           
Tous les garçons s'appellent Patrick: La vie music hall 2

jeudi 19 octobre 2017

D.D. : une histoire française

Quand elle interprète cette chanson, dans le film Huit femmes de François Ozon (2002) (poème de Louis Aragon, musique de George Brassens parfaitement accordée au texte), elle a plus de quatre-vingts ans.



 Elle n'a jamais « vampé » ses partenaires ni le public, elle les a toujours subjugués. Elle les a emportés un peu plus loin, avant de les abandonner, à la fois tristes et comblés.
Le générique de ses films consistent en une énumération des metteurs en scène et des comédiens qui fondèrent le cinéma depuis qu'il parle (et qu'il chante, car elle aimait la chanson). Sous la direction d'Henri Decoin, excellent metteur en scène, alors son ex-mari, elle fut une redoutable Bébé Donge (titre du film et son rôle,1952) auprès de l'infortuné Jean Gabin, qu'elle fait périr à petit feu ; Max Ophüls lui a sans doute offert ses plus beaux rôles dans La Ronde (1950), Le Plaisir (1952), Madame de… (1953).
Depuis quelque temps, elle semblait lasse des choses… et des êtres ? Quelqu'un qui la connassait m'a confié, récemment : « Elle a tout dit, et ce qu'elle n'a pas dit, elle le garde pour elle. ».
Toutes les femmes de sa génération l'ont enviée, copiée, aimée. Elle les incarnait toutes, ces françaises qui avaient pour viatique l'élégance naturelle, le sens de l'équilibre et le goût du chavirement.

À propos de Max Ophüls et de DD (Danielle Darrieux), on lira : Mathilde et Gustave au salon - 2    La note finale    Tournez Manège 2    La groupie du pianiste   La note finale, suite