lundi 7 mai 2012

Le choix d'un frère

Il arrive qu'on ne se cherche pas de père, ce fut mon cas. Il arrive également qu'on se cherche un frère, ce fut aussi mon cas. Je l'ai trouvé dans la personne de Drieu la Rochelle. J'ai immédiatement aimé « Le Feu follet » (1931), dont Louis Malle a tiré un film remarquable. Sur son suicide, on aura tout dit. Il était « traqué comme un cerf » (François Mauriac), on le cherchait, peut-être pour lui faire la peau, assurément pour le juger. Il n'y consentit pas : « On se tue par fatigue de raisons » ( Bernard Franck, « La panoplie littéraire »)
Drieu n'eut pas, c'est le moins qu'on puisse dire, un comportement particulièrement « recommandable », et ses écrits, en particulier son « Journal 1939-1945 », publié dans la collection Témoins, chez Gallimard, par Pierre Nora, laissent peu de doutes sur le sujet de ses engagements détestables. Mais c'est ainsi : rien n'a jamais pu me détourner de l'aimer. Je possède tous ses livres, dans leur édition originale parfois, des documents, et quelques lettres de lui, que j'ai achetées ici et là.
Je crois que « Le Feu follet » sera encore lu dans cent ans, par des jeunes gens tristes. Quant à moi, dans cent ans, je ne serai même plus un « vieux gens triste ».
Drieu est publié dans La Pléiade. Certains s'en scandalisent, d'autres s'en étonnent, et d'autres encore s'en réjouissent. J'aimais bien mon Drieu un peu maudit, privé de décoration : son entrée dans la prestigieuse collection sur papier bible, c'est un peu la Légion d'honneur. Mais j'attends beaucoup de l'appareil de notes, toujours bien complet dans cette édition. Nous y reviendrons.





Sur Drieu, on lira : La belle argentine et l'homme perdu dans Fin de partie 2 – Avec amitié dans   ET AUSSI Tanya from Russia, America and Paris

9 commentaires:

Eureka a dit…

Cher Patrick,

Vous souvenez de notre jeu sur Cause en.....

Petit rappel :

• Très Cher Ami,
J’espère que cette lettre n’arrivera pas trop tard et que vous prendrez le temps de la lire.
Paris bruisse de rumeurs les plus folles à votre sujet, vous auriez été arrêté, torturé, vous seriez déjà mort.
Non pas déjà ce n’est pas possible. La littérature a encore besoin de vous. Bien sûr vos écrits et vos positions n’ont pas toujours été très politiquement correct au regard des événements de ces derniers jours mais vous étiez dans l’air du temps.
Je ne sais pas si je vous sauverai, mais bien qu’en total désaccord avec vous, je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez vous exprimer.
J’en appelle à Voltaire et à Zola pour que vous ne commettiez l’irréparable mais vous êtes le seul maître de votre destin.
Dans l’espoir de lire vos prochains écrits,
Bien à vous

Patrick Mandon a dit…

Oui, Euréka, je m'en souviens fort bien, et ce fut l'occasion d'un bel échange. J'ai pu mesurer, à cette occasion, que vous aviez du cœur et du talent. Mais je suis heureux de vous saluer, Euréka, et de savoir que rendez encore visite à Tous les garçons.

Eureka a dit…

Mes activités ne me laissent que peu de temps pour répondre mais je passe tous les jours pour me ressourcer et apprécie toujours votre talent.
Je vous suis également sur Causeur mais ne suis pas abonnée.

Sam a dit…

Vous citez fort justement Bernard Frank, qui a écrit une fois, dans une chronique, que Drieu au moins avait sauvé un Juif pendant l'Occupation : en l'occurrence une Juive, son ex-femme. Tous les Français n'ont pas sauvé un Juif, loin de là !

Patrick Mandon a dit…

En effet, Sam, Drieu a remué ciel et terre pour arracher Colette Jeramec à Drancy. Il y est parvenu, grâce à ses amitiés « infréquentables ». Je reparlerai prochainement de tout cela.
Une nuance, cependant, mais de taille : il y eut de nombreux salauds pendant l'Occupation, et plus nombreux encore furent les indifférents ou les prudents (comment me serais-je comporté ?), mais il se trouva de très nombreux français, de toute condition, pour cacher, sauver des juifs, des réprouvés, des résistants. Pour cela, ils ont pris des risques énormes. Un ami m'a fait parvenir ce matin son témoignage, bouleversant, je lui répondrai bientôt.

Nuageneuf a dit…

@Sam
"Tous les Français n'ont pas sauvé un Juif, loin de là !"

Cette assertion à l'emporte-pièce est gratuite mais surtout inexacte. La France n'est certes pas exempte mais elle est le pays d'Europe qui a le moins souffert- si l'on peut oser s'exprimer ainsi - de l'extermination. Sur une diaspora d'environ 450 000 Juifs en 1939, 76 000 furent déportés et assassinés. Pour faire bref, la Belgique, les Pays-Bas, la Norvège, ont connu des déportations nettement plus importantes. Je ne parlerai pas des pays de l' Est où là, les populations furent totalement massacrées.

Restons donc mesurés dans nos propos.

Sam a dit…

Loin de moi l'idée de vouloir soutenir que les Français étaient tous des salauds, des nazis et des antisémites, bien sûr. Rappelez-vous quand même le titre du livre d'Amouroux en 1977, 40 millions de pétainistes"... De plus, il me semble avoir rapporté le propos de Bernard Frank avec assez d'exactitude, notamment dans l'esprit. C'était dans une chronique du "Nouvel Obs", et il plaisantait rarement sur ce sujet. On pourra vérifier lorsque ses excellentes chroniques seront enfin rééditées... peut-être en Pléiade, comme je l'espère !

Patrick Mandon a dit…

Sam, il n'est pas impossible qu'il y ait eu une pointe d'humour très noir dans l'observation de Bernard Frank. En outre, il avait avec Drieu la Rochelle une étrange relation : sa « Panoplie littéraire » est d'ailleurs moins une étude sur Drieu qu'un essai acide sur l'état de la littérature après la guerre. De Bernard Frank, mort au restaurant, d'une crise cardiaque foudroyante en présence d'un ami médecin, et, peut-être, de chagrin, car il était inconsolable, on a édité nombre d'articles de presse et autres critiques. Mais nous reparlerons de Bernard Frank.

Sam a dit…

L'humour noir noir est parfois, sinon toujours, le reflet de la réalité.

Votre commentaire sur "La panoplie littéraire" me donne envie de relire cet essai.

PS. Je signale à vos lecteurs la rééditions du "Dernier des mohicans" en Poche chez grasset (je conseille de sauter la stupide préface).