mardi 12 janvier 2016

Il fait chaud, c'est l'hiver.


Ils s'étaient croisés à plusieurs reprises, mais ils se sont vraiment rencontrés en octobre 1967. Le 10 décembre, Bardot et Gainsbourg se rendent au studio Barclay, avenue Hoche, à Paris, VIIIe arrondissement. Il s'était engagé à lui écrire « la plus belle des chansons d'amour » : elle est prête ! Dans les premiers moments, Gainsbourg, plus ému qu'il ne souhaiterait le montrer, manque d'assurance. Progressivement, Brigitte installe un climat tout à la fois rassurant et sensuel, qui transforme leur duo vocal en un enlacement musical.
Puis Brigitte s'éloigne, elle rejoint l'équipe de son prochain film, Shalako, dans la ville d'Almeria, en Espagne, où la retrouve son mari, Gunther Sachs. Europe 1, alors station très écoutée (aujourd'hui morne antenne de complaisance et de soumission au goût de la nouvelle bourgeoisie frileuse), s'en procure une copie (via Gainsbourg ?). Gunter s'énerve, Gunter prendrait très mal la diffusion sur les ondes et la mise en vente de la chanson torride. Gainsbourg, alors, place les bandes dans un coffre et jure qu'il n'enregistrera jamais ce texte avec quelqu'un d'autre. À la fin d'Initials BB, il laisse échapper un « Almeria » désolé, qui rend compte de son désarroi. Il dira : « Avec Brigitte, ce fut une opération sans anesthésie : elle me coupait le cœur avec les dents ! ».
Un an après cet épisode, il se retrouve dans un studio avec Jane Gainsbourough Birkin. Leur « Je t'aime moi non plus » se vendra à des millions d'exemplaires. Comme on lui demandait s'il avait simulé l'amour, Gainsbourg répondit : « Si nous avions réellement fait l'amour, un 45 tours n'y aurait pas suffi, nous aurions eu besoin d'un 33 tours. ».

La pochette du 45 tours, paru en 1986.



Ce qu'en dirent les intéressés :


Moi non plus.. par loulou41600

La version Bardot/Gainsbourg :



La version femme-femme, par Cat Power et Karen Elson :



Un moment de pure « erotic fantasy », par Brigitte Fontaine et Arthur H :



Pour le plaisir, et par pure complaisance fétichiste, sans augmentation du prix, je vous livre cette scène autrefois censurée du film de Claude Autant- Lara, « En cas de malheur ». Devant Gabin, impavide, Bardot soulève sa jupe ; elle n'apparaît pas exactement nue, elle semble surgir d'une féérie du désir, les reins ceints d'un porte-jarretelles -admirable, indispensable pièce du trouble et du secret, mécanisme fluide, suspension dérobée au regard, révélée à l'amant seul, décorée de dentelle- et les jambes voilées de nylon. Et tout cet appareil de la tentation n'est mis en place que pour consacrer les deux globes de ses fesses, qui viennent tendrement s'écraser sur le bureau (néanmoins, Bardot incarnera une sensualité animale débarrassée de la bimbeloterie érotique des années cinquante).



Toute la nation française, sa belle parade d'invention et d'insolence, son goût très sûr, sa volupté d'être, sa civilisation de pur raffinement, sa théorie de l'évolution de la chair, son sens du péché et de l'absolution immédiate, tout cela s'était réfugié dans la personne de Brigitte Bardot. Il avait fallu mille ans pour produire un tel miracle, une absolue perfection. Des voyous surarmés, se réclamant d'un dieu d'égarement, achèveront peut-être de le détruire.

Et encore :
Sous l'empire de Bardot

Sur Bardot : Faites la moue,  Un « Grello » qui tintinnabule, une tartine qui dégouline, Bardot et ses « frères », Les désirables, Une vitrine pour ma cousine, L'indésirable 3Un brun Olivier

Sur Gunter Sachs, marié à Bardot alors que Gainsbourg…
Fin de partie - 11 -


Sur Gainsbourg : Denise   Vous dansez, mademoiselle ? Dans la peau de Serge   Les bijoux de Lulu 
Le bœuf sous un toit  Et Dieu dans tout ça   L'art de s'étendre Madame Lulu    Serge en automne


5 commentaires:

Nuageneuf a dit…

On cmprend une fois encore que cette femme unique vous inspire de bien belles phrases dans chacun de vos textes.

(et comme la vie est bien faite, ou que le vie esr une fête! En début d'après-midi, invité à un café au domicile d'un ami, je découvre sur un mur couvert d'agrandissements photographiques une photo en noir et blanc; on y voit mon ami posant au c^té de la divine. C'était il y a une bonne quarantaine d'année à la Madrague. Elle parait heureuse et sereine.)
Pour G.S. je vous avais dnas des commentaires précédents conté je crois l'admiration pour cet homme hors norme.

Patrick Mandon a dit…

Oui, Nuage, Bardot est au-dessus du lot, en France. Elle incarne la fantaisie, l'invention, le renouvellement dont ce pays est capable. Elle a choisi, en toute liberté, d'interrompre sa carrière, alors qu'elle pouvait non seulement la poursuivre encore dans la voie qui avait fait sa gloire, mais aussi lui donner une nouvelle direction. Mais le cinéma ne l'intéressait plus, non plus que l'argent ni la gloire. Bardot, si charnelle, si sensuelle, est avant tout « spirituelle ». Notre temps ne peut que lui opposer ses jugements hâtifs, sa frilosité moralisatrice.
J'aime vraiment bien le couple qu'elle forma avec Gainsbourg. Je pense qu'elle lui a apporté une confiance en lui-même, qu'il ne possédait pas. S'il pouvait la séduire, alors le monde lui appartenait ! Il a terriblement souffert de son départ, mais, en le désignant parmi la foule de ses prétendants, elle l'a définitivement consacré.

Célestine ☆ a dit…

Les deux chansons de Gainsbourg dans lesquelles il atteint une sorte de paroxysme de son art sont "Je t'aime moi non plus " et "Initials BB".
Elles sont comme l'anode et la cathode de la passion électrique qui les consuma.
Bardot serait pour moi comme l'équivalent féminin de Brando. Leur beauté animale et implacable ne souffre aucune remarque. Elle est parfaite. Nous ne pouvons, pauvres mortels, que tortiller au mieux ce que la nature nous a donné pour nous consoler de ne pas être eux.
Affectueuses pensées consolantes
¸¸.•*¨*• ☆

Patrick Mandon a dit…

Céleste, les deux titres que vous citez sont en effet « paroxystiques » (et non parocystites comme l'écrivent certains, qui voudraient que l'on prît leurs vessies pour des lanternes). Mais je me demande si tout son art y atteint le sommet. On le sait, il y eut au moins deux Gainsbourg. Le premier était un jeune homme timide, nourri de poésie française (en particulier de la deuxième moitié du XIX siècle), le second, un prince du show business, que son niveau culturel plaçait très au-dessus de la moyenne des paroliers de sa génération. À l'arrivée de la vague yéyé, un public neuf, plein d'attentes point encore comblées, est évidemment sensible à un langage différent, à des formulations plus audacieuses, et à des incarnations radicales. Gainsbourg s'installe aisément dans ce paysage. Il passe de la rive gauche, où, professionnellement, il ne progressait plus, à l'avenue des Champs-Élysées, au drugstore. Il crée un univers frotté de décadence anglo-française fin XIXe et d'américanisme consumériste. Ses textes, naguère plutôt classiques, intègrent dans leur scansion les surprises que leur réserve l'anglais. Autre chose : Gainsbourg, fin lecteur, a beaucoup emprunté, il s'imprégnait « d'une atmosphère littéraire, et la traduisait sur des sonorités envoûtantes (sa voix jouait un rôle considérable dans cette stratégie d'envoutement). Je suis, pour ma part, admirateur du Gainsbourg antérieur : Le poinçonneur des Lilas, La Javanaise, J'irai t'chercher chez les yéyés, etc… Et, bien sûr, j'aime infiniment le Gainsbourg pop décadent.
Vos pensées « affectueuses consolantes » made my day », comme disent les étrangers…

Pierre a dit…

"La chanson de Maglia" me fait toujours penser à l'histoire de ces deux là. Je ne vous apprendrais rien en disant que c'est un poème de Victor Hugo que le beau Serge a magnifiquement mis en musique. Comme il y a deux Gainsbourg, il y a deux Hugo. L'un aime les épopées, le fracas des armes et l'historie qui s'écrit avec des glaives ou de la poudre. C'est le Cecil B de Mille de la poésie..! L'autre est homme tendre, attentif aux douleurs de l'âme et qui se penche doucement sur le malheur d'aimer. Ce poème ne pouvait que plaire au jeune Gainsbourg. Avec sa musique très lente, très triste et sa voix de basse, il nous offre sur un plateau d'argent les vers du père Hugo, et en prime sa propre peine. Il arracherait des larmes à un agent de change!